Il n’est pas de roman qu’une intelligence ordinaire ne puisse concevoir, pas de phrase si belle qu’elle soit qu’un débutant ne puisse construire. Reste la plume à souveler, l’action de régler son papier, de patiemment l’emplir. Les forts n’hésitent pas. Il s’attablent, ils sueront. Ils iront au bout. Ils épuiseront l’encre, ils useront le papier. Cela seul les différencie, les hommes de talent, des lâches qui ne commenceront jamais. — Jules Renard, Journal via intheriverdeep
L’art d’écrire des livres n’a pas encore été inventé. Mais il est sur le point de l’être. Des fragments comme ceux-ci sont des semences littéraires. Naturellement, il peut y avoir parmi eux de nombreux grains morts, mais qu’importe, pourvu que quelques-uns lèvent ! — Novalis - Grains de Pollen
Eric Ravilious - Furlongs
Il y a une vérité poétique – comme il y a une vérité métaphysique, - et c’est la même, en deux langages différents. […] L’art est un décalque – mais l’objet de ce décalque est invisible, l’objet même de ce décalque est à trouver. Mais il existe. Et c’est parce que vous sentez qu’il existe que vous êtes artiste. L’artiste, c’est celui pour qui existe l’objet à décalquer – Celui pour qui le réel (qui n’est pas le réel du physicien, de l’ingénieur) existe.
Paul Gadenne, La Rue profonde n°13, Carnets XVII à XIX
Eric Ravilious - Chalk Paths
Beaucoup de gens ne veulent pas écrire ; ils veulent avoir écrit. En d’autres termes, ils veulent voir leur nom sur la couverture d’un livre et leur photo au dos, avec un joli sourire. Mais ça, c’est ce qui arrive à la fin, quand on a fini son boulot, pas au début. Pour en arriver là, vous devez être disposé à y renoncer, à vous dire qu’il se peut que ça n’arrive tout simplement jamais, et que ça vous est à peu près égal, parce que ce qui compte pour vous, c’est d’écrire. Ce qui est vraiment important, c’est le mystère, la magie des mots qu’on met sur le papier. Si ce n’est pas ce que vous pensez, alors vous ne voulez pas être écrivain, ce que vous voulez, c’est seulement être un auteur. […] Les auteurs décrètent dès le début de leur carrière que s’ils ne sont pas publiés, ils laisseront tomber. Alors que les écrivains, ce sont des gens qui écrivent et qui écriront toujours, quoi qu’il arrive : ils respirent, non ? Ils ne peuvent pas faire autrement. Il faut bien qu’ils vivent.
Elizabeth George Mes Secrets d’écrivain via intheriverdeep
De quoi avait peur Ivanov ? se demandait Ansky dans ses carnets. Pas du danger physique, car en tant qu’ancien bolchevique, il avait été très souvent sur le point d’être arrêté, emprisonné, déporté, et même si on ne pouvait pas dire de lui que c’était un type courageux, on ne pouvait pas non plus affirmer, sans mentir, que c’était quelqu’un de lâche et sans tripes. La peur d’Ivanov était de nature littéraire. C’est-à-dire que sa peur était la peur dont souffre la plus grande partie de ces citoyens qui décident un beau (ou un sale) jour de transformer l’exercice des lettres, et surtout l’exercice de la fiction, en partie intégrante de leurs vies. Peur d’être mauvais. Peur, aussi, de ne pas être reconnus. Mais, surtout, peur d’être mauvais. Peur que leurs efforts et leurs peines ne tombent dans l’oubli. Peur que leurs pas ne laissent pas d’empreintes. Peur que les éléments du hasard et de la nature effacent les empreintes peu profondes. Peur de dîner seul ou que personne ne remarque votre présence. Peur de ne pas être apprécié. Peur de l’échec et du ridicule. Mais surtout peur d’être mauvais. Peur d’habiter, pour toujours, l’enfer des mauvais écrivains.
Roberto Bolaño, 2666
La vanité est si ancrée dans le coeur de l’homme qu’un soldat, un goujat, un cuisinier un crocheteur se vante et veut avoir ses admirateurs, et les philosophes mêmes en veulent, et ceux qui écrivent contre veulent avoir la gloire d’avoir bien écrit, et ceux qui les lisent veulent avoir la gloire de les avoir lus, et moi qui écris ceci ai peut-être cette envie, et peut-être que ceux qui le liront… — Blaise Pascal, Pensées
Edward Hopper - A Woman in the Sun
Edward Hopper
En écrivant on donne toujours de l’écriture à ceux qui n’en ont pas, mais ceux-ci donnent à l’écriture un devenir sans lequel elle ne serait pas. — Gilles Deleuze
Lucian Freud - Eli - 2002
Celui qui s’attarde trop à examiner ses projets ne les exécute pas. Pas de meilleure recette pour écrire que l’écriture. — Adolfo Bioy Casares, Nouvelles démesurées
Pluie de printemps -
celui qui ne peut écrire
comme il devient triste !
— Yosa Buson, 66 Haiku
Claire Sherman - Swamp II - 2010