DeLiGNe
April 21, 2014
Brûler, en esprit, tous ces livres, tous ces mots – toutes ces incomparables, subtiles, profondes, mortelles pensées. Pour s’ouvrir à la pluie qui tombe, traversée de moucherons, d’insectes, à ce pays gris et vert ; à un craquement dans les pierres du mur ou le bois de la porte.
April 20, 2014
Écrire, c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit.
Tomi Ungerer - Pas de baiser pour maman

Tomi Ungerer - Pas de baiser pour maman

Écrire, c’est mentir. Mentir est peut-être trop fort. Écrire, c’est fausser. Être exact, c’est bien rare.
Quand une société se corrompt, la première chose qui se corrompt c’est le langage.
Les limites de mon langage sont les limites de mon monde et les limites de ma réalité.
La terre est peuplée de truqueurs et de bavards, qui se servent des mots comme d’une monnaie qu’ils sauraient fausse.
L’écriture est la seule forme parfaite du temps.
Un homme qui écrit n’est jamais seul.
L’écriture c’est l’inconnu

L’écriture c’est l’inconnu. Avant d’écrire on ne sait rien de ce qu’on va écrire. Et en toute lucidité. C’est l’inconnu de soi, de sa tête, de son corps. Ce n’est même pas une réflexion, écrire, c’est une sorte de faculté qu’on a à côté de sa personne, parallèlement à elle-même, d’une autre personne qui apparaît et qui avance, invisible, douée de pensée, de colère, et qui quelquefois, de son propre fait, est en danger d’en perdre la vie.

Marguerite Duras, Écrire

Trop loin

Les mots m’ont toujours mené loin dans la vie, trop loin pour que j’y renonce jamais, car je les emploie désormais strictement dans le sens où ils m’échappent, où leur portée cesse d’être consciemment perçue alors que j’écris les yeux dans le vague et que mes regards se coulent dans le devenir.

Stanislas Rodanski, Je suis parfois cet homme

Ray Johnson

Ray Johnson

March 11, 2014
Si on savait quelque chose de ce qu’on va écrire, avant de le faire, avant d’écrire, on n’écrirait jamais. Ce ne serait pas la peine.
March 9, 2014
Un écrivain écrit en grande partie pour être lu

Un écrivain écrit en grande partie pour être lu (ceux qui disent le contraire, admirons-les, mais ne les croyons pas). De plus en plus cependant, il écrit chez nous pour obtenir cette consécration dernière qui consiste à ne pas être lu. À partir du moment, en effet, où il peut fournir la matière d’un article pittoresque dans notre presse à grand tirage, il a toutes les chances d’être connu par un assez grand nombre de personnes qui ne le liront jamais parce qu’elles se suffiront de connaître son nom et de lire ce qu’on écrira sur lui. Il sera désormais connu (et oublié) non pour ce qu’il est, mais selon l’image qu’un journaliste pressé aura donnée de lui. Pour se faire un nom dans les lettres, il n’est donc plus indispensable d’écrire des livres. Il suffit de passer pour en avoir fait un dont la presse du soir aura parlé et sur lequel on dormira désormais.

Albert Camus, L’Énigme, 1950